La censure en 2016, à quoi ça ressemble ?

Y’a deux semaines au PDB on participait à la conférence « CULTURE ET CENSURE : PRIVÉ D’ANTENNE ! » qui se tenait lors de l’exposition « Un air de Liberté » organisée en collaboration avec France Inter et France Info. La conférence a abordé plusieurs sujets, on a sélectionné quelques informations qui portent à réflexion.

Bien qu’en France les organismes étatiques de censure aient été supprimés, la censure est-elle pour autant éradiquée ? La réponse est bien évidemment non. Alors, le visage de la censure en 2016 c’est quoi ? Aurélie Sfez, co-auteure du livre « 100 chanson censurées » et journaliste à France Inter, GiedRé, chanteuse controversée et Romain Couturier, représentant de la SACEM ont tenté d’y répondre.

Aurélie Sfez :  À priori en bon français, on aime crier à la censure à tout va, on en abuse parfois lorsqu’il faut juste respecter certains codes et certaines règles. Les États-Unis, la France, certains pays d’Asie, pourtant démocratiques pratiquent eux-aussi la censure. Pareil concernant d’autres pays dictatoriaux, donc il faut déterminer de quel type de censure nous parlons et quelle forme prend-elle réellement.                               

En effet, n’oublions pas que chaque pays en fonction de sa culture, de ses mœurs et de son système exécutif en place a sa propre définition de la liberté d’expression. Ce qui choque ici, ne choque pas toujours ailleurs.

Elle cite alors entre autres le numéro de Charlie Hebdo suite aux attentats de janvier 2015. Une publication qui suscitait des avis divergents parfois violents au cœur de l’hexagone et ailleurs dans le monde.

Aurélie Sfez : Un chanteur qui va blasphémer, peut-être pris en cible et que l’on veuille porter plainte à son encontre. Or, Il n’y a pas de délit de blasphème aujourd’hui en France, car ce terme n’a aucune valeur légal et n’existe pas dans la juridiction française.

Si la publication du numéro de Charlie Hebdo a fait des tumultes, il n’en ait pas moins qu’il est parfaitement légal sur le plan juridique, au nom de la liberté d’expression, de publier ces dessins. Idem pour la musique.

« Si l’on parle de censure, on a désormais plus une censure d’état mais de lobby, du privé. On peut avoir un rappeur qui va insulter dans une de ses chansons Nicolas Sarkozy ou Éric Zemmour, et eux peuvent porter plainte en retour. Si les paroles d’une chanson sont jugés sexistes, racistes, ou xénophobes par une quelconque association de défense des femmes, des communautés religieuses etc.. on peut porter plainte. Il y a également l’auto censure de certains médias qui jugent suite à un événement par exemple, mal venu de diffuser certains morceaux. À l’époque, personne ne nous a imposé de ne pas passer du Bertrand Canta suite au décès de Marie Trintignant. Mais la famille Trintignant est ami de France culture, par respect nous n’allions pas passer du Noir Désir.

– Et La SACEM,  joue-t-elle un rôle ?

Romain Couturier : Qui dit liberté d’expression dit liberté de création, à la SACEM notre métier est de gérer les droits des auteurs, on ne censure rien car ce n’est pas notre rôle. Le droit d’auteur est une super arme pour combattre la censure. Le droit de propriété est le même pour tout le monde. Tout le monde est logé à la même enseigne, on ne se souci pas, jamais, à aucun moment de la censure. Grâce à la gestion collective de la SACEM, que l’on soit connu ou non on touche les mêmes droits.

C’est ensuite à Giedré que passe le micro. Humour noir, second degré, auto-dérision, pour apprécier sa musique, il faut savoir la prendre avec du recul. Parfois les images parlent plus que les mots, je vous laisse donc découvrir :  

– Est-ce que c’est si simple de tout dire en démocratie ?

Giedré : Oui et non. Pour que ce soit simple, il suffit juste de s’en foutre. On décide de ne pas accorder d’importance aux courriers des lobbies, aux associations. La censure a changé, le politiquement correct est la nouvelle censure, mais pas que par les médias. Aujourd’hui n’importe qui sur YouTube ou Facebook peut signaler un contenu. A partir de tant de signalements, la publication est retirée. Comme ce n’est pas une censure d’état, on ne peut pas vraiment se révolter.

Aurélie Sfez :  Exactement. Il suffit de faire circuler une pétition, on ne veut pas que tel chanson soit diffusée par une association de défense des handicapés parce qu’elle parle des handicapés, alors qu’on n’a pas forcément demandé aux concernés si la chanson leur fait rire ou les révolte. Après tant de signatures, bam, votre chanson est retirée des ondes pendant une semaine, ça fait le buzz, pas forcément positivement et ça a une pression économique pour l’artiste par la suite .Y’a aussi business du buzz de la censure pour certains.

La chanteuse explique avoir déjà fait face aux associations :

J’ai eu des problèmes avec une association transgenre pour une chanson, « La belle au bois ». C’est l’histoire d’un transgenre qui encule un promeneur dans le bois de Boulogne, voilà. J’ai voulu d’abord les inviter au concert pour leur démontrer s’ils le veulent que je ne suis pas transophobe, homophobe, putophobe, bois de boulgnophobe ou je ne sais quoi car je choisis la voie du dialogue. Je travaille sur beaucoup de sujets différents, c’est toujours assez étonnant car les gens choisissent toujours le sujet qui les intéresse eux et les indignations sont sélectives. Des féministes vont s’indigner de certains textes, mais le reste ne les concerne pas.  

On résume. La censure n’est plus étatique mais privé. Elle provient de soi-même (auto-censure), d’un organisme privé (journal,réseau-social, site de partage de vidéos etc…) de petites communautés (associations, internautes..) ou d’un individu seul qui s’indignent d’un contenu diffusé, qu’il soit musicale, un dessin, un film ou tout autre chose et décide de la retirer directement si c’est diffusé via un site de partage type Youtube par exemple ou de la faire retirer, par une pétition, un signalement, un procès. On parle également de caviardage dans le jargon lorsque des paroles ou un paragaphe dans un livre, une chanson sont retirés ou modifiés. La censure et la liberté d’expression sont étroitement lié aux moeurs, à l’ouverture d’esprit de chacun et à la culture du pays où se pratique la censure. Tout le monde aujourd’hui peut exprimer son indignation. Mais pour que ce soit simple comme le dit Giedré, il suffit juste de s’en foutre.

La bise, 

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