Les Affamés : on reste sur notre faim

Les Affamés : on reste sur notre faim

Cette semaine, après un petit détour à Guernesey, retour en terres cinématographiques françaises avec un point de vue tranché sur Les Affamés de Léa Frédeval.

Attention : Nombreux spoilers à suivre !

Le film Les Affamés, principalement porté par la chanteuse et actrice Louane Emera, rendue célèbre au cinéma par son rôle dans La Famille Bélier, met en scène dans sa bande-annonce une comédie au but simple et louable : dépeindre le quotidien de la jeunesse moyenne française et mettre en lumière le challenge du passage à l’âge adulte.

C’est donc Zoé, vingt-et-un ans, qui incarne l’emblème de la génération milléniale. Après avoir plaqué son mec et ses études, la jeune femme emménage dans une coloc’ dans laquelle chacun des membres, censé représenter la diversité de la jeune génération, trime sans jamais sembler être apprécié à sa juste valeur. Révoltée par ces mauvaises conditions de vie et de travail, Zoé décide de créer la « Charte des Affamés » pour « ceux qui ont la dalle », c’est-à-dire ceux qui en veulent plus.

L’ensemble du film s’étire autour d’un scénario relativement basique et sans surprise, mais ce que l’on attend réellement en ayant entraperçu la bande-annonce, c’est finalement une réflexion sur la jeunesse des années 2000, sur ces jeunes qui font des études, travaillent à temps-partiel et financent leur studio de neuf mètres carrés en dormant quatre heures par nuit. L’idée de la charte apparaît donc comme un concept intéressant et ouvert à la discussion, d’autant que la charte évoque la notion de mérite lié à l’investissement en évacuant les réflexions du type : « mais c’est parce que t’es jeune. » Forts de leur motivation et de l’engouement naissant, les jeunes lancent site internet et mettent en place des initiatives destinées à interpeller les moins jeunes. Par exemple, il est proposé pour ceux qui travaillent en contact avec le public de mentionner, chaque fois que cela est possible, leur domaine et leur niveau d’études afin de confronter le client à ses préjugés sur une jeunesse paresseuse et ignorante qui se retrouve en fait derrière les caisses des hypermarchés et les tabliers des serveur·se·s pour financer ses études.

Malheureusement, pour les bienfaits du scénario, le personnage de Zoé s’embourbe progressivement dans sa charte jusqu’à ne plus percevoir que la volonté de se révolter pour justement… se révolter. La fameuse charte est alors jetée aux oubliettes, débâclée de l’histoire pour une morale au mieux maladroite, au pire bancale, explicitant que Zoé n’est finalement qu’une enfant puérile qui, en obtenant un CDI de serveuse au Mcdonald et un appartement de neuf mètres carrés à Paris, découvre les joies de l’indépendance et du hardworking, ce qui lui permet d’éprouver l’entièreté du monde et de sortir de sa vision erronée et étriquée.

 

À la fin du film, Zoé insiste sur tous les « invisibles » qui font marcher le monde et l’économie. Si l’intention ici est, une fois de plus, louable, elle noie totalement un sujet qui aurait pu porter au débat s’il avait mis en scène de réelles problématiques ainsi qu’une réflexion approfondie sur le rapport des jeunes aux études, au travail et surtout à la vie quotidienne et à la discrimination dont ils peuvent être parfois victimes et qui nécessite d’être portée par des voix et des mots. Le film de Léa Frédeval se contente de survoler les réels enjeux et perd en même temps que sa crédibilité, toute empathie envers des personnages qui semblent finalement bien superficiels dans leur rôle de représentants de la jeunesse française de ce début du XXIe siècle.

Recommandation : passez votre chemin et allez plutôt faire un tour du côté de Pixar, car ça y est : le deuxième volet des Indestructibles est enfin en salles !