Interview de Super Parquet : La trad passe à l’électro au Printemps de Bourges

Le tremplin des Inouïs du PDB programme depuis 1985 des artistes émergeants de la scène française. Cette année encore, 32 groupes dispatchés dans quatre catégories, pop/rock, hip/hop, chanson/world et électro se sont produits sur scène devant un public festivalier et professionnel avide de nouveautés. Parmi les protagonistes, un groupe retient particulièrement notre attention, Super Parquet.  Le descriptif ? Un mélange de musique traditionnelle et d’électro-beats, orchestré par quatre auvergnats dénommésJulien Baratay, Simon Drouhin, Louis Jacques et Antoine Cognet.

Programmés l’an dernier au festival des Vieilles Charrues sur la scène Gwernig des musiques traditionnelles, ils ont joué vendredi dernier dans la catégorie « chanson/world » à Bourges.

Bon on va pas se mentir, à première vue sur scène y’a un peu une brocante d’instruments disposés sur des tables, dont le « grand public » ne connaît toujours pas les noms. Et pour cause. La formation comprend une cabrette, petite cornemuse auvergnate, un banjo des bayous, une vielle à roue électronique ( l’instrument avec une manivelle) et des machines à rythmes et à sample. Ça nous a fasciné, on a rencontré le groupe à sa sortie de concert, ils nous expliquent un peu plus clairement leur musique.  

VotreTalent : Vous jouez catégorie World/chanson : Comment considérez-vous votre style de musique ?
Louis Jacques : C’est marrant parce que nous-même on sait pas trop ce qu’on est.

Julien Baratay : C’est de la musique psychédélique du Massif Central. On utilise ce répertoire là parce que c’est quelque chose qui nous tient à cœur et puis parce que les musiciens trad’ viennent de cette culture-ci. Je ne sais pas s’il y a d’autres groupes qui font ça mais en tout cas lorsque l’on a écouté cette musique à son état brut, acoustique, pour Simon et moi qui venons de la musique techno et électro, ça nous a tout de suite causé. Il y a des liens très forts entre ces courants musicaux, le fait de boucler quelque chose en permanence. Ce sont des riffs ou une mélodie ou bien deux mélodies se bouclent et  s’enchaînent. Il y a cette notion de drone, un courant musical fort, un bourdon commun qui se forme et qu’on connait bien. Pour en revenir au style, il y a quand même un mouvement dans les musiques traditionnelles qui affectionnent particulièrement ce côté psychédélique, drone, trans de la musique trad.

VT : Pourquoi Super Parquet ?
Julien Baratay : Notre son vient de la musique de bal traditionnel du répertoire français. Et dans les bals y’a un parquet de danse. Puis lorsqu’on a découvert ce champ musical, Simon et moi-même qui ne venons pas du tout de ce milieu, on ne soupçonnait même pas l’existence de toute cette culture. Ce qui nous directement plus c’est les bourrées (danse traditionnelle), les gens qui dansent, qui sautent et font claquer le parquet. Tous nos morceaux son dansables.

De gauche à droite : Antoine, Simon, Louis, Julien

VT : Comment s’est monté le groupe ?
Louis Jacques : Avec Simon, julien et moi-même, on s’est rencontré dans le centre de formation des enseignants de la musique à Lyon, on est tous les trois enseignants, dominante musique actuelle et moi traditionnelle. On est devenu potes, leur musique me plaisait, la mienne leur plaisait et ça s’est fait comme ça.» A cela s’ajoute le quatrième membre Antoine, qui lui joue du banjo. Le groupe existe maintenant depuis 2012. 

VT : La musique traditionnelle a aujourd’hui et à tort une image désuète, mais dans la réalité ça donne quoi ?
Louis Jacques : Le réseau des musiques traditionnelles est extrêmement dense, là je parle en France mais dans chaque pays et culture du monde il y a de la musique traditionnelle qui n’est pas forcément mise en avant, la musique des gens du « bas » généralement, celle du peuple. Ce réseau continu à vivre, à se professionnaliser et se répandre. Il y a aujourd’hui des musiciens professionnels ainsi que des formations. Avec Antoine on vient de ce milieu-là.

Simon Drouhin : Les gens ont une image cliché de la trad’, c’est dommage. C’est pas que c’est pas développé mais c’est assez « underground ». Enfaîte c’est hyper vivant. On a beaucoup joué en Belgique, là-bas ils sont très friands de musique traditionnelles car ils en ont pas vraiment. Nous notre truc c’est qu’on peut jouer dans des bals comme dans des squats ou dans des SMAC (scènes de musiques actuelles), on a beaucoup travaillé dernièrement sur un format concert en salle avec des jeux de lumière.

Julien Baratay : « Les belges ils kiffent tout, ils sont flex ».

VT : Un album ?
Louis Jacques : On  a un LP, un vinyl qu’on a sorti l’année dernière avec un morceau de 25 minutes en face A et trois autres morceaux plus courts en face B.

À la rédaction on avait checker au préalable la line-up des Inouïs en espérant trouver l’artiste ou le groupe qui chalouperait assez pour nous faire danser à jeun et en plein après-midi. Objectif étriqué sans nul doute, mais n’empêche qu’ils y ont parvenu les bigres. On est vite pris par le rythme furieusement dansant des quatre joyeux lurons qui, à la cool, à la fraîche balanceront un « applaudissez au moins pour le Saint-Nectaire » sur scène. On applaudit alors, pour la singularité du groupe, pour sa prestation sur scène, pour la musique traditionnelle, le mélange des cultures et on l’espère son avenir radieux et pour finir pour le Saint-Nectaire, car nos régions ont du talent (ouai on a osé).   

Super Parquet se produit sur scène. Hop hop hop ! Ca mange pas de pain de faire la promo quand la musique est bonne, donc par ici pour voir les dates de concert.

 – Propos recueillis par Mathilde B –

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