Interview BIGFLO & OLI, Printemps de Bourges, 3ème prise

Interview BIGFLO & OLI, Printemps de Bourges, 3ème prise


Les frangins, toulousains de souche, ont donné concert sur la grande scène du « W » jeudi soir au printemps de Bourges pour la soirée hip/hop qui a réuni quatre des plus grandes tête d’affiche de la scène rap française actuelle, Vald, Georgio, eux-mêmes et Nekfeu.

En rappel, leur album « La cour des grands », sorti en juin 2015 remportait dès septembre un disque d’or et les deux talentueux jeunes hommes de 19 et 23 ans mènent depuis une tournée à guichet complet à travers la France.

Fin d’après-midi, le nouveau souffle du rap français nous convient dans une petite salle de l’auditorium de Bourges pour une conférence de presse. L’ambiance y est détendu, les mecs sont souriants, accessibles, un peu comme à la maison enfaîte.

De la petite scène à la grande, le duo programmé gratuitement en après-midi « devant 4 personnes et chien » deux ans plus tôt (cf Oli), bascule sur la scène des Inouïs en 2015 pour se retrouver en cette 40ème édition du PDB en troisième position du line-up de la soirée. Un troisième passage où la barre est encore plus haute, la pression et le « kiff » sont à 50/50 nous balancent-ils.

Un show complet
On valide le sérieux du taff sur la direction artistique. La prestation sur scène est dans sa globalité léchée. Côté scénographie quatre grandes colonnes romaines posent le décor. Entre prods, texte et flow, la paire établit un dialogue incessant entre le public chaud bouillant et eux-mêmes. Un combo gagnant auquel s’ajoute la performance musicale d’Oli à la trompette et Bigflo au synthé et aux percussions (ils ont reçu très tôt une formation au conservatoire de Toulouse). Ils se régalent avec des « sketchs » et un battle freestyle.  Partageur, ils s’accompagnent également sur scène de leur pote Wawad, champion de France de beatbox. Un show interactif qui marie mélancolie et jump en fonction des morceaux, tout y est.

1ère participation au PDB : « Le festival était pas ouvert qu’on commençait déjà à rapper », BigFlo.

VotreTalent : Alors, le PDB on en pense quoi ?
Bigflo : « Je suis content qu’il y ait une scène que rap. Les festivals sont à la base créé plus autour du rock, on a vraiment cette patte du rock qui reste et le rap est encore vu un petit peu de travers, mais là ça commence à changer»
Oli : « Ça montre que le Hip-Hop est devenu quelque chose d’énorme en France ».

VT : Une date au Reggae Sun Ska est prévue cet été, un commentaire ?
Oli : « On se fait violemment insulté par les fans de reggae sur les réseaux-sociaux, on espère rester en vie après le festival (rire). Les gens reprochent au festival d‘avoir ouvert la programmation au hip-hop. Les genres s’influencent entre reggae et hip-hop et inversement. Je peux comprendre aussi, il y a un côté un peu puriste du reggae».

Bigflo : « On n’est pas forcément les bienvenus. Est-ce qu’on va se faire huer, est-ce qui va se passer un truc ? Est-ce qu’on va aussi réussir à prouver que les milieux peuvent être mélangés, on verra. Mais c’est ça qui est bien festival, à des endroits on est connus, d’autres pas du tout, chaque concert est différent, le public change rapidement. On le prend bien, on finit la tournée de notre album »

Le binôme, qui a fait beaucoup de premières parties à ses débuts (Orelsan, Youssoufa, Sexion d’Assault), et qui regrettaient que les rappeurs choisissent de faire monter sur scène leur potes, font aujourd’hui la même chose. Bigflo « On est un peu salaud, on met nos potes sur scène, dont Wawad champion de France de beatbox », avant quand même d’ajouter, « On a lancé un petit concours sur internet, réaliser un cover de « Aujourd’hui », on va faire gagner quelques premières parties ». Par ici pour candidater => http://www.bigfloetoli.com/

VT :L’écriture, ça se passe comment ?
Bigflo : « On en parle et après on écrit nos parties, lui (Oli) a besoin que je sois dans la pièce pour écrire. On a un côté très scolaire, on est jamais en roue libre, y’a des rappeurs qui écrivent dans un  tour bus, nous c’est dans notre chambre. Même moi j’ai du mal à écrire sans Oli. »

Oli : « On a du mal à pas écrire ensemble. Parce qu’on se donne nos avis. Flo c’est le seul qui peut me dire si mon couplet est vraiment pourri, il peut me dire que c’est de la merde et pas me vexer, car c’est mon grand frère et c’est pour mon bien. »

Bigflo : « Don Choa et James Deano nous ont dit qu’on avait de la chance d’être à deux, on se donne nos avis directement ».

VT : On vous étiquette souvent « rap » conscient, ça vous dérange ?
Bigflo : « Pas vraiment, on réfléchit à ce que l’on écrit, au poids des mots pour les personnes qui vont les écouter, mais on fait pas du rap chiant pour autant. Souvent on nous met en position de critique ou « anti », on se considère pas vraiment comme ça, quand on a commencé à rapper, on a vu beaucoup de nos potes qui se mettaient à rapper, parler de flingues et de bagnoles alors que le mec est en Twingo et habite à Muret» (l’équivalent d’un petit village en marge d’une grande ville).

Oli : « On rappe d’abord pour nous-même, pour s’assumer. Si on se mettait vraiment à être contre, être anti, on serait encore plus violent, plus insolent, plus piquant. »

Choix délibérément personnel, l’un des premiers freestyle des deux rappeurs posté sur Youtube en 2012 : 

Pour finir, les deux jeunes hommes, des rêves pleins la tête ne disent pas non à se lancer plus tard dans d’autres disciplines que le rap, mais pour cela il faudra que ce soit mérité et légitime selon leur dires. Oli : « Orelsan et Gringe ont ouvert des portes avec leur film qu’on a beaucoup apprécié d’ailleurs ».

– Propos recueillis par Mathilde Berger –

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