Lettre à la jeunesse France

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Jeunesse lève toi scandait Saez il y a quelques années. Ils étaient jeunes et cons et ils étaient vieux et fous. Ils étaient insouciants et révolutionnaires. Ils voulaient un monde peace and love, faire l’amour et non la guerre. Ils étaient Woodstock, ils étaient Mai 68, ils étaient Simone Veil. Ils étaient ceux qui voulaient faire bouger la démocratie, les manifestants toujours sur le devant du cortège. Ils étaient une seule et même voix, celle de la révolution.

Aujourd’hui, nous sommes des chiffres dans un tableau recensant notre taux de chômage, nos durées d’études et nos filières post bac. Nous sommes les abstentionnistes, les délinquants, les flemmards, les éternels adolescents. Nous sommes ceux qui s’insurgent, mais ne faisons rien. Nous sommes ceux que la loi Travail a laissé indifférents, nous sommes ceux qui dénigrons la Gay Pride parce qu’être homo ne devrait pas être une différence ! Nous sommes Charlie certes, mais pas trop non plus parce que nous avons peur, et qu’ils l’avaient quand même mérités dirons certains. Nous sommes un profil Facebook, une photo Instagram ou un filtre Snapchat. Nous sommes numériques et numérisés, privés de toute présence physique. Nous sommes des millions, mais rien ne nous distingue. Nous sommes les cibles faciles des publicitaires, à tous suivre une égérie quelconque. Nous sommes ceux qui avons créer JUL, PNL et autres acronymes indécemment appelés artistes. Nous sommes ce que les sociologues appellent la génération Y.

Young and wild and free nous chantait Wiz Khalifa. Libre de quoi ? Libre de suivre un mouvement sous peine d’exclusion sociale ? Libre d’être connectée 24H sur 24 sous motif d’une vie dévergondée et alcoolisée? Libre de payer un téléphone le prix d’un SMIC pour être branché ? Quand avons nous accepté d’être enchaîné à des diktats de la mode?

Nous avons numérisé nos problèmes. Le harcèlement scolaire est devenu un succès Netflix, les massacres des attentats une alerte Facebook, nos cartes postales une simple photo. Nous sommes une génération connectée ? Oui, mais à qui ? À quoi ? À nos smartphones, à Candy Crush, à Tinder Notre téléphone nous susurre plus de jolis mots à l’oreille que celle ou celui que l’on appelle Amour de notre vie.

Nous avons asservi nos peurs en transformant la prison en repère de lesbiennes sexuellement dévergondée, la drogue en un produit dérivé et la mort comme une suite logique de notre vie, destinée à réparer nos erreurs. Nous sommes certes insouciants, car nous n’avons plus rien qui nous préoccupe. Nous ne soucions plus de rien, une application le fait pour nous. Une autre calcule notre rythme cardiaque pendant que l’autre gère notre vie sociale, temps durant laquelle une autre encore nous trouve quelqu’un avec qui passer la nuit. Nos courses sont livrées devant la porte. Même le street art est numérisé, merci Invaders !

Toute cette tirade déprimante pour quoi au final ? Pour vous dire, me revoilà, plus motivée que jamais à vous faire décrocher de vos écrans. Déterminée à vous faire sortir le nez dehors en plein hiver, à vous faire penser à l’anniversaire de votre meilleure amie sans regarder sa page Facebook. À vivre tout simplement !

Ma plume et moi-même vous saluons.