Debout-payé de Gauz : le portrait des invisibles vigiles

Debout-payé de Gauz : le portrait des invisibles vigiles

Gauz, photographe, scénariste et rédacteur en chef d’un journal économique satirique abidjanais, signe son premier roman : « Debout-Payé« . Un ouvrage d’un genre nouveau, à la fois social et historique sur le métier de vigile et les communautés africaines.

« Debout-payé : désigne l’ensemble des métiers où il faut rester debout pour gagner sa pitance ». Tel est le sujet que traite Gauz dans son roman « Debout-payé« , dressant le portrait des invisibles : les vigiles. Par son écriture drôle, cinglante et parfois teintée de dérision, le style original de Gauz montre la réalité de ceux qui voient tout mais que l’on ne voit pas.

Ossiri, jeune enseignant ivoirien de 25 ans débarque en France, pensant comme ses pairs quitter l’enfer pour le paradis. Fuyant sa routine toute tracée et en quête d’indépendance financière et du « grand quelqu’un » qui sommeille en lui, il s’enferme subitement dans le métier de vigile de magasins parisiens. Corps de métier où les recruteurs ne sont pas très regardant sur les titres de séjour des candidats, mais où le pigment de la peau est l’élément sélectif déterminant. Et pour cause : « Les noirs sont costauds, les noirs sont grands, les noirs sont forts, les noirs font peur. »

Qu’importe, Ossiri ne veut pas gagner sa vie avec de l’argent sale, comme les vautours des ghettos, et accepte l’éternelle mise en scène du grand méchant loup. Dans l’angoisse du possible retour à la frontière, il « répète cet ennuyeux exploit de l’ennui, tous les jours, jusqu’à être payé à la fin du mois ». 

Dans un premier temps sociologique, ce roman fait l’inventaire de tous les comportements disséqués par son œil aiguisé. Tous ceux qui passent la porte de sa boutique sont analysés au peigne fin par le vigile qui n’a d’yeux que pour eux. « Ennui, sentiment d’inutilité et de gâchis, impossible créativité, agressivité surjouée, manque d’imagination, infantilisation…sont les corollaires du métier de vigile ». La fausse élégance de certains étrangers habillés comme les jeunes de banlieue, les femmes voilées plus parfumées que jamais, la première expérience psychédélique du bébé devant les néons du magasin, les miroirs remplacés par les écrans  des jeunes… Rien n’échappe à la rétine d’Ossiri qui les passent tous au crible. « Être vigile, c’est être gardien de but : on reste debout à jouer regarder les autres, et de temps en temps, on plonge pour rattraper la baballe. »

Derrière ce dictionnaire digne d’une comédie humaine moderne, Gauz retrace également l’Histoire des générations africaines. Elle débute à ce que l’auteur appelle « l’âge d’or » : l’indépendance des pays d’Afrique francophones. Et se termine à « l’âge de plomb » : l’effondrement des tours jumelles qui sonne pour les personnages comme la possible fin de leur métier de vigile. Selon eux, « Le monde n’aura plus le même visage » car les blancs ne donneront plus la responsabilité de la sécurité aux autres grains de peau. Finalement optimiste, Ossiri n’est pas seulement un étranger en France. C’est aussi un touriste comme les autres, un voyageur à la découverte d’un nouveau monde : « avec ses beautés, ses laideurs, ses trous sans fonds et ses sommets himalayens ».

A la fois sociologique et historique, « Debout payé » est un livre qui mérite d’être lu.

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