De la féminité à la rue : interview avec Laurène Becquart

De la féminité à la rue : interview avec Laurène Becquart

Laurène Becquart est une jeune femme de vingt-cinq ans qui achève ses études en photojournalisme. Elle nous a accordé une interview pour nous parler de son projet documentaire intitulé « Woman Beings », dans lequel elle fait témoigner et porte à l’image des jeunes femmes victimes de harcèlement de rue.

VotreTalent : Bonjour Laurène, merci de nous avoir accordé cet entretien ! Pour commencer, pourrais-tu nous dire d’où te vient cet intérêt pour le photojournalisme ?
Laurène Becquart : J’aime raconter des histoires par écrit et j’aime la photo, je la vois comme un « médium » qui me permet de raconter ces histoires autrement.

VT : Comment as-tu été amenée à étudier le photojournalisme ?
LB : Dans mon cursus, on avait la possibilité de partir à l’étranger. En France, il n’y a pas de masters spécialisés en photojournalisme, alors je me suis tournée vers l’Angleterre pour y découvrir une autre façon d’étudier et un autre type de photojournalisme. D’ailleurs, même en Angleterre, il n’y a que 4 ou 5 masters spécialisés en photojournalisme ou documentaire !

VT : Et ton idée de travailler sur le harcèlement de rue, ça te vient d’où ?
LB : L’idée m’est venue d’une expérience personnelle. Pendant l’un de mes premiers mois à Londres, je prenais des photos dans un parc, tard le soir, et j’ai été abordée par un homme plus jeune que moi et qui faisait des commentaires déplacés et insistants sur mon physique. J’avais l’impression que ça arrivait moins à Londres, mais ça arrive partout, c’est universel

« Le sexisme est invisible et se cache dans des événements qui passent pour banals. »

 

VT : Cette idée de « Woman Beings », ça va plus loin que le harcèlement de rue, non ?
LB : J’ai vu mon projet évoluer au fur-et-à-mesure que je prenais contact avec des associations féministes universitaires ou que je discutais avec des ami(e)s. Il s’est élargi pour parler de la place des femmes dans l’espace public et la façon dont elles y construisent leur féminité, qui n’est pas forcément la même que dans l’espace privé.

VT :  Est-ce que tu penses que cette aventure vous a apporté quelque chose à toi et aux femmes qui t’ont accompagnée ?
LB : Ça m’a redonné confiance parce que j’ai eu l’impression de ne plus être seule. J’ai eu une forte prise de conscience de ces inégalités. Le sexisme est invisible et se cache dans des événements qui passent pour banals. Parler de leur expérience a fait réfléchir les filles. Par exemple, j’ai demandé à mon amie Agathe : « quelque chose t’as déjà marqué dans la rue ? », elle m’a répondu : « j’ai jamais été harcelée mais j’ai déjà été suivie deux ou trois fois. » C’est significatif : il lui est arrivé quelque chose, mais c’est comme si c’était banal ! Ça pousse à la réflexion sur les événements qui t’arrivent.  Sur le moment, le cerveau enfouit l’information mais quand on en discute ça ressort et tu réalises que c’était pas normal. Ça les a fait réfléchir à la façon dont elles se sentaient femmes.

VT : Et pour la suite ?
LB : Je vais continuer dans les mêmes thèmes. Je m’intéresse à la photo de nu. Je trouve qu’aujourd’hui il y a une forte pression sociale, les corps ne sont pas libres. Les pressions sociales subies par les femmes d’un côté, et par les hommes de l’autre, sont différentes mais elles existent. Un corps c’est individuel, et pourtant on se conforme toujours à des normes qui nous sont dictées par la société, nos pairs, les médias, etc. Je pense qu’il y aussi des choses à explorer sur la sexualité féminine (allez jeter un œil sur le site OMGYes, on y parle de la féminité sans tabous !).

VT : Ton mot de la fin ?
LB : Prenez les conseils qu’on vous donne mais ne les écoutez pas toujours. Suivez les idées les plus constructives, mais toujours en fonction de ce que VOUS avez envie de faire !

Si vous voulez en savoir plus sur le projet « Woman Beings » vous pouvez le retrouver en français ici  ou en anglais !

© photo par Aya Watanabe