Zelba

La rédaction est heureuse de vous présenter cette artiste, illustratrice à temps plein. Zelba c’est son pseudonyme. Cette allemande, française d’adoption, nous plonge dans son univers…


VotreTalent : Depuis combien de temps tenez vous votre blog et qu’est-ce qui vous motive à partager vos dessins avec le public ?
Zelba : Le Blog de Zelba est déjà mon deuxième. Au départ, il y a huit ans, j’ai ouvert un blog pour mettre en ligne mon travail d’illustratrice. Mais de temps à autres, je glissais une petite anecdote illustrée en BD entre deux dessins de commande. Plus ça allait, plus j’avais envie de raconter des histoires en plusieurs images et de plus en plus de monde venait voir et lire. Du coup, j’ai décidé de séparer ces deux activités, de garder mon blog d’illustratrice, de prendre un pseudonyme pour la BD et d’ouvrir un blog exclusivement consacré au 7ème art. « Zelba » est la forme francisée de « ich selber » qui veut dire « moi-même » en allemand.

Les avantages qu’a le blog par rapport à une publication papier sont l’interaction et l’échange quasi directs avec le public. Les commentaires permettent de communiquer avec ses lecteurs ; c’est formidable ! D’habitude, on a cet échange qu’en festival BD.

Au début, je me mettais beaucoup la pression pour alimenter le blog de façon très régulière, je surveillais sa « croissance » en fréquentation etc. Je me suis libérée de ça. Aujourd’hui, je ne fais de note de blog que si j’ai le temps et réellement quelque chose à raconter ou une information à donner. J’ai de plus en plus de commandes d’illustrations, de plus en plus de projets de BD… Forcément, le blog en souffre.

VT : Combien de temps faut-il compter pour faire des dessins comme les vôtres ?
Z : J’ai plusieurs styles de dessins. Je ne dessine pas de la même façon pour une commande d’illustration de campagne de pub que pour un livre pour enfants ou encore pour une BD. Quant à la BD, j’ai aussi plusieurs cordes à mon arc. Pour raconter des histoires autobiographiques, j’aime dessiner de façon très spontanée. Comme j’ai souvent beaucoup de choses à dire, il faut que ça aille vite. La plume et l’encre de Chine avec une légère mise en gris au crayon de papier me permettent ici d’avancer rapidement et de garder un côté très vivant. Mes 3 livres autobiographiques, « Ma vie de poulpe », « C’est du propre ! » et « états dame » parus aux éditions Jarjille, ont été réalisés dans ce style.

Certains dessins en couleurs que j’ai pu faire à l’aquarelle pour « Jeanne et le jouet formidable » (L’atelier du poisson soluble) ou sur la tablette graphique pour « La danse des connards » (éditions Delcourt) m’ont pris plus de temps. Ce sont des dessins plus travaillés, mais du coup moins spontanés et vivants. J’appelle ces dessins très « propres », réalisés sur la tablette graphique, les dessins qui flattent l’égo ! Quand on a dessiné, mis en couleurs et apporté les ombres et autres décors, on se dit « Hey, mais c’est moi qui ai fait ça ?! ». Mais il ne faut pas oublier que, dans la BD, le dessin n’est qu’un outil pour raconter une histoire et faire passer un message. Certains dessins qui flattent trop l’œil et l’égo ne cachent-ils pas une faille dans le scénario ?!

Je viens de me rendre compte que je n’ai pas répondu à la question ! Pour que je puisse faire ce genre de dessins, il m’a fallu bien des années. 5 années d’études à l’école des Beaux-Arts et un exercice quotidien assidu… Après ça, selon le style, je peux passer 5 minutes sur un dessin comme je peux passer 8 heures, ça dépend !

VT : Vous avez illustré la bande dessinée « La Danse des connards » avec plusieurs illustrateurs, parlez nous de cette aventure ? N’est-ce pas un peu compliqué de devoir partager l’affiche avec d’autres pour une même histoire ?
Z : Tout d’abord, ce n’est pas une même histoire. Il s’agit de plein de petites scénettes sur une ou deux pages maxi écrits par une même scénariste, Sophie de Villenoisy. Du coup, un changement de style de dessin d’une petite histoire à l’autre n’est pas gênant. Ce n’est pas compliqué de partager l’affiche avec d’autres. Ce qui était plus compliqué pour moi, c’était de ne pas écrire moi-même mes scénarios. C’était un bon exercice et nouveau pour moi de travailler ainsi, mais à l’avenir je me concentrerai sur des projets en solo. J’aime trop écrire et raconter et non seulement illustrer. J’ai d’ailleurs commencé à travailler sur une BD d’une centaine de pages pour les éditions Delcourt dont je parlerai plus en détail sur mon blog, le moment venu…

VT : Un de vos principaux thèmes : les langues. Entre l’allemand et l’anglais votre cœur balance ?
Z : Les langues sont des portes sur d’autres cultures. Quand on maîtrise une langue étrangère, on peut voyager et communiquer avec des habitants d’autres pays. C’est formidable ! L’allemand est ma langue maternelle. J’ai vécu en Allemagne jusqu’à mes 25 ans. Le français est pour moi la langue de l’amour. Je suis tombée sur un Français (MON Français !) lors d’un échange Erasmus pendant mes études. Cela a changé ma vie, car j’ai quitté l’Allemagne et me suis installée en France et c’est ici que j’ai eu mes enfants. C’est ici aussi que j’ai découvert la BD…

L’anglais est une langue pratique. Quand on se débrouille un petit peu en anglais, on arrive à communiquer dans plein de pays. Malheureusement, je n’ai pas souvent l’occasion de parler anglais. Mais je l’entends très souvent, car je regarde tous les films en v.o.

VT : Quels conseils donner aux personnes voulant se lancer dans le dessin ?
Z : Ça dépend de l’usage que l’on veut faire de ses dessins ! Si une personne veut en faire son métier, je conseillerais toujours de faire des études dans une école des Beaux-Arts ou de dessin. Il est important d’avoir de vrais critiques, des gens qui ne sont pas tes amis ou de ta famille qui te disent très honnêtement ce qui ne va pas et ce que tu dois travailler et améliorer. Il est toujours possible de se lancer en autodidacte, mais c’est beaucoup plus difficile.

Quand on veut vivre de ses dessins, il faut avoir une volonté et une discipline en fer. Comme pour tout métier qui s’exerce en libéral, il faut être capable de bosser concentré seul chez soi, même si on a fait la bringue la veille, même si le soleil brille et qu’on serait tellement mieux dehors ! Moi, j’aime beaucoup être ma propre patronne, de ne pas avoir quelqu’un qui me dit ce que j’ai à faire.

Le seul conseil que je donnerais toujours est de FAIRE. Ça ne marche pas tout de suite ? Tu trouves ça nul ce que tu fais ? Un tel dessine tellement mieux que toi ? Eh bien, c’est pas grave, continue et fais ! Tous les jours un peu, même le week-end. Des gens plus doués, il y en aura toujours. Ça ne m’a jamais posée de problème. Au contraire. C’est chouette de voir que certains y arrivent si bien, parce que ça veut dire que pour toi c’est possible aussi. Il faut juste continuer à faire…

-Propos recueillis par Céline Akoum-

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